Du sang sur Abbey Road de William Shaw

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comité de lecture médiathèque du Canal, SQY, polarsLondres, 1968. Le corps nu d’une jeune fille est découvert dans une ruelle à Abbey Road, non loin du studio où les Beatles enregistrent.

L’inspecteur Cathal Breen, dit « Paddy », va hériter de l’affaire. Il est dans une passe difficile. Son vieux père malade, dont il s’occupait depuis 6 ans, vient de mourir, le laissant déprimé. Lors d’un cambriolage, il a abandonné son coéquipier en danger et celui-ci s’est pris un coup de couteau. Voulant aider une fillette à récupérer son chat, il tombe d’un arbre et se couvre de ridicule. Autant dire qu’au commissariat sa côte est au plus bas et qu’il est la risée de ses collègues. Pour mener cette enquête, on va lui adjoindre une jeune stagiaire au caractère bien trempé, Helen Tozer, dont il se serait bien passé … Décidément, il est maudit !

C’est l’histoire cent fois rebattue de deux policiers qui n’ont rien en commun mais qui vont devoir travailler ensemble, qui vont apprendre à se connaître, et vont finir par s’apprécier.

Paddy Breen, d’origine irlandaise, est un citadin, vieux garçon solitaire, dépressif et silencieux. Malgré sa trentaine, il est déjà complètement dépassé par son époque. Helen Tozer a grandi dans la campagne anglaise, elle est expansive et consternation : elle parle tout le temps ! Elle aime la danse, la musique de son temps et est quasiment incollable sur les Beatles. C’est une fonceuse, y compris au volant …

Malgré cette trame un peu convenue, j’ai trouvé ce roman agréable à lire. L’histoire tient la route et réserve des surprises. L’auteur ne reste pas scotché à l’intrigue policière. Les digressions, qui permettent de développer les rapports entre Paddy Breen et Helen Tozer, sont nombreuses. Les deux héros sont attachants et les personnages secondaires ont de la présence. L’un d’eux sort du lot : le docteur Ezeoke. Africain élevé à Londres, pas plus britannique que nigérian mais à la recherche de ses racines, il s’efforce d’être un africain « modèle », encore plus africain que les africains eux-mêmes, si cela est possible … L’ambiance des sixties est bien restituée.

Si le roman démarre un peu lentement, la fin est plus nerveuse.

À l’attention des fans de John, Paul, George et Ringo : Les Beatles ne sont pas au nombre des personnages du roman. Quand il est question d’eux, c’est à travers le regard de leurscomuté de lecture, médiathèque du Canal, SQY, polars William Shaw groupies. D’ailleurs, la référence à « Abbey Road » n’existait pas dans le titre original « A Song From Dead Lips » (Une chanson chantée par des lèvres mortes ?).

La Police Criminelle, c’est le domaine des hommes et la misogynie y est de rigueur. Les femmes sont rares dans les commissariats, on leur demande surtout de préparer le thé pour leurs collègues masculins. À l’extérieur, elles s’occupent de la circulation, pas des homicides.

Helen Tozer est donc une exception. Elle vit seule à Londres dans un milieu protégé : un foyer pour femmes où les hommes ne sont pas admis.

Par contre, dans l’exercice de ses fonctions, la pauvre se prend des remarques sexistes à longueur de journée. Et ce sont ses collègues policiers qui lui infligent ça !

Tout comme le sexisme assumé, le racisme s’affiche sans états d’âmes dans le Londres des années soixante et la tension raciale est constamment palpable tout au long du récit.

William Shaw nous remet en mémoire la terrible guerre civile du Biafra qui de 1967 à 1970 fit, nous dit-il, trois millions de victimes dont un million d’enfants. Après trois années d’indépendance, le Biafra, exsangue, a réintégré son pays d’origine, le Nigeria. L’auteur nous rappelle aussi que la Grande-Bretagne eu une part de responsabilité dans ce conflit.

(En France, c’est la guerre du Biafra qui fut l’événement fondateur de l’association »Médecins Sans Frontières »)

William Shaw est journaliste et  » Du sang sur Abbey Road  » est le premier volet d’une trilogie située dans le Londres de 1968. Nous devrions donc retrouver d’ici peu Paddy Breen dans d’autres aventures.

Maryse, lectrice du comité de lecture de la médiathèque du Canal

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