Fermer l’oeil de la nuit de Pauline Klein

VN:F [1.9.14_1148]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

 

Avec Fermer l’œil de la nuit, Pauline Klein invente le cabinet de curiosité littéraire. Son roman est une boite à musique au mécanisme pervers. Boite dans laquelle les protagonistes tournent sur eux-mêmes et les uns avec les autres, paraissant et disparaissant à l’envie.

Une jeune femme emménage dans un appartement. Elle y passe le plus clair de son temps. Elle en écoute les bruits, les respirations et fixe son attention sur un couple d’artistes contemporains, Diane et Tissien,  habitant juste au dessus d’elle. Elle les épie et ils deviennent le centre de ses préoccupations.

Entre réalité et onirisme, la narratrice décrit ses rapports familiaux, sa relation épistolaire avec son demi-frère emprisonné et celle obnubilante qu’elle vit avec ses voisins. Mais tout cela est-il vrai ou juste fantasmé ? C’est cette question qui m’a accompagnée durant la lecture de ce roman en apesanteur, subtil et déroutant.

Ici chacun s’invente, est une invention de l’autre, des autres et ainsi de suite. On navigue dans un système de poupées russes. Au fil des multiples formes esquissées,  la vérité se perd, se dilue, se déforme, se métamorphose.  Le vrai et le faux ne font qu’un. Le lecteur entre dans la danse et devient le spectateur, le voyeur, le complice de ce petit théâtre de marionnettes. Le dehors et le dedans se mêlent et s’emmêlent (prison, appartement, atelier d’artiste, souvenirs réels ou fictifs). Il n’y a pas de frontière entre le dehors et le dedans de soi.

Les mots ont une grande importance (carnets du père, articles de Wikipédia, lettres échangées entre le frère et la sœur) ; ils sont les garants d’une certaine logique, d’un certain équilibre. Ils sont l’épaisseur, la vérité des personnages.

J’ai beaucoup aimé ce roman singulier, virtuose et espiègle à l’image de son auteur. Une jeune femme originale, indépendante qui avoue qu’il lui arrive « régulièrement de décider de ne pas lire, tout comme je décide de ne pas lire les affiches, de ne pas lire les journaux ou de regarder la télé. J’aime bien l’idée de ne pas m’informer, ça me donne une naïveté, une position de bouffonne en société que j’aime assez. Je trouve qu’on doit trop en savoir de nos jours, et ce trop plein d’informations conduit à banaliser le langage et la curiosité. »

A noter que ce petit bijou est « vendu » dans un très joli écrin  éditorial, chez Allia maison d’édition élégante et exigeante.

 

qrCode
Divane

Divane

Divane est une commodité de la conversation. Qu'elle soit en velours côtelé ou en cuir pleine peau, Divane est toujours romanesque.