Je suis interdite d’Anouk Markovits

VN:F [1.9.14_1148]
Rating: 5.0/5 (1 vote cast)

Ce livre n’est pas une simple lecture, ni même une lecture simple.

comité de lecture, médiathèque du Canal, SQY

Car j’ai découvert un autre aspect de l’Histoire, et un univers qui m’était totalement opaque, tout cela m’a d’ailleurs donné envie, au cours de ma lecture, de faire quelques recherches sur cette mouvance hassidique hyper austère décrite dans ces pages fortes et instructives.

L’histoire >> Depuis la Transylvanie juste avant la Deuxième Guerre Mondiale, en passant par Paris après la guerre, jusqu’à Williamsburg aux USA, le roman fait revivre 4 générations d’une famille Satmar. En 1939, le petit Josef, 5 ans, est sauvé par une jeune fermière non juive qui le fait passer pour son fils. Cinq ans plus tard, Josef sauve la jeune Mila, une fois que les parents de celle-ci ont été tués et lui fait rejoindre Zalman Stern, un chef religieux de la communauté Satmar, où Mila va être élevée comme la sœur d’Atara, la fille de Zalman. Au fur et à mesure que les adolescentes grandissent, la foi de Mila s’intensifie, alors que sa sœur adorée découvre le monde des livres et du savoir. Mila se marie dans le respect de sa religion, alors qu’Atara continue à remettre en question la doctrine fondamentaliste. Le choix des deux sœurs les sépare jusqu’à ce qu’un dangereux secret menace de les bannir de la seule communauté qu’elles n’ont jamais connue.

Ce qui est incroyable, et ajoute du poids à cette lecture, c’est qu’Anouk Markovits a été élevée en France dans une famille ultra orthodoxe Satmar jusqu’à l’âge de 19 ans.

Elle s’est enfuie en Amérique pour échapper à un mariage arrangé et a alors entrepris des études laïques. Je l’ai entendue dans une émission (Au Field de la Nuit) dire combien ce départ avait été pour elle autant un violent traumatisme qu’une évidence.

Son écriture puissante reste prudente, et très respectueuse de ces origines.comité de lecture, mediathèque du Canal, SQY

Elle ne pointe pas du doigt, elle raconte: l’Histoire, le génocide, les survivants, en progressant vers le présent.

Et à travers ces années nous partageons l’éducation, les traditions, le quotidien de cette communauté, rythmé par les coutumes et les croyances.

Heureusement, d’ailleurs, qu’à la fin il y a un petit glossaire très clair, car si l’on devinne la signification de certains termes, d’autres sont un peu plus difficiles.

Et bien que le roman traverse près de 75 ans, cette communauté ultra orthodoxe semble figée dans son monde empli de sobriété, de recherche de pureté, de respect à la lettre des textes sacrés, immuables (dont l’étude est une de leurs activités principales).

Un monde où les femmes sont diminuées et rendues serviles (et cette pression, cette exigence de « résultat » poussera Mila à une faute grâve…).

Un monde fait de lois à ne pas transgresser, que l’on ne peut/doit interroger, fait d’extrémisme, d’exigence d’excellence, de rigueur, de soumission et d’exclusion…

Car, même si la majorité d’entre eux, élevés dans ce climat et ces idéologies, ne remettent rien en cause, certains questionnent, évoluent, veulent étudier à l’université (ce qui est interdit), alors quand les questions/remises en cause apparaissent, il n’y a plus qu’à partir… tout quitter et accepter de ne plus exister plus pour sa famille.

Un livre fort sur l’enfance, sur le conditionnement, le poids des traditions qui pousse parfois à la faute, l’intolérance, le destin, les choix de vie.

Mais aussi, pour finir, un livre sur un homme seul, empli d’amour pour ses enfants, petits enfants, un homme peuplé de peurs, touchant de contradictions et de souffrances.

Les nymphes des fontaines, les angelots cavalant sur les dauphins sont devenus les confidents d’Atara pour tout ce qu’elle ne pouvait plus partager avec Mila. Ses mains frôlaient les murs comme s’ils lui rendaient ses caresses, ses lèvres parlaient aux lézardes comme si elles lui répondaient. Atara confiait aux vieilles pierres qu’un jour le courage pourrait exiger d’elle qu’elle accepte tout son être plutôt que de l’amputer.

PS: bravo aux éditions JC Lattès pour la très jolie couv, très sobre, totalement à l’image du roman (on retrouve même le collier de perle à un tournant de l’histoire…).

Séverine, lectrice du comité de lecture de la médiathèque du Canal et Blogueuse  Blablablamia

Je suis interdite d'Anouk Markovits, 5.0 out of 5 based on 1 rating
qrCode
Comité de lecture

Comité de lecture

Des lecteurs de la médiathèque du Canal qui découvrent les nouveautés sélectionnées par les bibliothécaires...