Mourir la belle affaire d’Alfredo Noriega

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Comité de lecture, médiathèque du Canal, SQYUn roman noir équatorien original et étonnant.

Quito, capitale de l’Équateur, 2850 mètres d’altitude.

Tout commence avec un banal accident de voiture : une Subaru est percutée par un 4×4. Dans le 4×4, un homme accompagné de sa fille, Paulina. Il va prendre la fuite. Dans la Subaru, deux morts et une survivante, María del Carmen. Quand le policier Heriberto Gonzaga arrive sur les lieux, Maria, encore sous le choc, promet à l’inspecteur de l’épouser s’il retrouve le chauffard. Le policier ne prend pas cette promesse au sérieux mais elle marque son esprit. À Quito, un pot de vin suffit pour qu’une affaire soit classée ; il n’y aura pas d’enquête.

Deux ans plus tard, María del Carmen, qui ne s’est jamais remise du drame, se suicide. En découvrant son corps, Heriberto décide de reprendre l’affaire.

Le personnage principal, Arturo Fernandez, est médecin légiste. Il va voir défiler, au fil des autopsies, des victimes de toutes sorte : meurtres, catastrophes naturelles, accidents de la route, suicides. « Par moments, j’ai l’impression que la ville entière finira entre mes mains » dit-il, mélancolique et désabusé. Il doit accueillir les familles qui viennent, effondrées, reconnaître leurs morts et se définit lui-même comme le « filtre à douleurs de la ville ».

J’aimerais prendre un nouveau cap, oublier ce que signifient couper au bistouri, mesurer, peser et recoudre. 

 Mais il n’en aura pas le courage. Son métier, c’est sa vie, sa raison d’être.

Plusieurs de ces victimes semblent sans rapport les unes avec les autres. Pourtant, au fur et à mesure que le récit avance, on s’aperçoit qu’elles ont un lien, proche ou lointain, avec la reprise de l’enquête.

Heriberto Gonzaga a enclenché un engrenage meurtrier.

Alfredo Noriega s’attarde parfois sur certains personnages et nous conte leur histoire : Devoto Santos, le chauffeur de taxi, ou l’attachante grand-mère d’Heriberto, de santé fragile mais qui semble néanmoins indestructible. Ces pauses, souvent humoristiques, sont les bienvenues dans un récit d’une grande noirceur.

La capitale équatorienne est un des principaux personnages du roman, au même titre que le policier ou le médecin légiste. Quito est une ville dangereuse, gangrenée par la criminalité et bien peu protégée par une police corrompue. 

 Dans la police nationale, on respecte trois choses : les mères, la patrie et Dieu ; quant au reste, on avise en fonction des circonstances. 

La mort à Quito est banale, quotidienne, le danger est partout. Il n’y a pas que les hommes qui tuent. La ville, située au pied du volcan Guagua Pichincha, est entourée par des montagnes ; les éruptions et les coulées de boue peuvent être aussi dévastatrices.mourir la belle affaire, comité de lecture, médiathèque du Canal, SQY

Quito est violente, oppressante, mais elle sait aussi se faire discrète parfois. Lors de la révélation finale et pour respecter la douleur de Paulina, Alfredo Noriega écrit en parlant de la ville : « Ses mouvements et ses bruits ont cessé d’être perceptibles; elle est ainsi, elle a la pudeur de s’éloigner, de se retirer s’il le faut. » Quito est vivante, elle a une âme.

C’est un roman noir, envoûtant, un peu atypique dans sa construction.

J’ai beaucoup aimé. Une belle découverte !

L’auteur, lui-même équatorien, vit à Paris depuis trente ans.

Maryse, lectrice du comité de lecture de la médiathèque du Canal

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