Comme des images de Clémentine Beauvais

Ed. Sarbacane (Exprim'), 2014

Paris, Lycée Henri IV  (H-IV pour les initiés).  Des sœurs jumelles identiques physiquement, Léopoldine et Iseult. La première est rayonnante, profondément amoureuse de Timothée. La seconde est plus réservée et passionnée par le dessin, art qu’elle développe magistralement. Au début du roman, Iseult est étendue sur son lit d’hôpital, plongée dans un profond coma. Personne ne sait si elle se réveillera. Flash-back …

Dans cet univers privilégié, la narratrice – dont on ne connaît ni le nom, ni le prénom, fait figure de vilain petit canard. Arrivée en 6ième avec des  »potentialités à développer », elle n’est pas du même milieu social que ses « petits camarades ». De cette époque, elle se remémore sa franche amitié avec Iseult, leur complicité sans faille et la franchise de leur relation. Mais le charisme de Léo aura raison de tout cela. Très vite, Iseult lui apparaîtra rabat-joie et terne. Elle balaiera souvent d’un revers de main les reproches d’Iseult à l’encontre de sa sœur qu’elle considère comme une grande manipulatrice. Jalousie ? Souci de protection de la part d’Iseult ? Alors que tout sourit à Léo, le drame survient: son ex-petit ami pour se venger d’avoir été éconduit, décide de poster sur le réseau interne du lycée (élèves, parents, profs), une vidéo très intime de Léopoldine. Scandale ? Dans n’importe quel autre établissement cela aurait provoqué un grand retentissement, au-delà des murs. L’exclusion des protagonistes pour sauver la réputation du lycée. Mais à H-IV qui forme l’élite de la nation, où tous sont promis à un bel avenir, cela devient anecdotique, un malencontreux « incident » qu’il faut dépasser pour mieux rebondir. Sauf que cette perversion a des effets collatéraux surtout lorsqu’on ressemble comme deux gouttes d’eau à celle qui est mise en cause directement et qui a une sensibilité à fleur de peau.

Bienvenue donc dans cet univers impitoyable! Ce n’est pas simplement une « boîte à Bac » mais un établissement où chacun « joue » son avenir, une période charnière avant d’intégrer les classes prépa des « grandes écoles », seul cela a de l’importance. Comme le répète le prof d’anglais « c’est votre vie qui est en jeu ». Pour le coup on ne sait pas ce qui est pire: la diffusion de la vidéo – et donc toutes les questions autour de l’utilisation  du corps d’autrui à son insu, de son image. Ou la violence d’un établissement qui prône LA réussite non seulement scolaire mais surtout sociale, les pressions psychologiques éloignant les futiles préoccupations de lycéens de 15-16 ans. La « raison » doit l’emporter coûte que coûte … L’auteur connaît bien son sujet – elle-même ancienne élève H-IV. Elle nous brosse le portrait de ces adolescents qui acceptent d’être les rouages de ce système broyeur de vies … Malheur au contrevenant! Malgré tout on attend un sursaut … celui de la narratrice ? (Armelle Hervé)

Après la pression inimaginable (sauf peut-être si vous êtes -avez été- étudiant à H-IV) exercée sur les épaules de ces adolescents d’élites, c’est aussi, et vous l’aurez vite compris, les méfaits et les dérives des réseaux sociaux où une vengeance peut être réglée en deux clics sans espoirs de retour en arrière. Même si Timothée, l’auteur des faits, ne semble pas s’en affecter (ni même regretter vraiment), de même que Léopoldine (sur qui tout semble glisser comme sur les plumes d’un canard) balaiera tout d’un revers de main alors qu’elle est la première cible de cette vengeance, Iseult, celle dont les traits ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux de sa sœur est dévastée. 
Même si elle n’est pas la première visée, on imagine très bien ce qu’elle peut ressentir face aux regards et aux remarques des ceux qui la confondent avec sa sœur…
Un roman qui fait un peu grincer des dents où s’entremêlent fausses amitiés et sourires de façade… Pour grands adolescents. (Amandine)

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AH