Gueule noire d’Antoine Ozanam et Marcelo Lelis

Casterman, 2015

 Début XXième siècle, dans le Nord de la France. Les mines façonnent les paysages, les hommes. Marcel, le plus jeune des garçons d’une famille de mineurs va devenir un « vrai petit homme » à son tour: il va descendre au fonds. Premier jour, première rencontre avec Jacek – fils d’un Polonais, ex-mineur, qui n’arrive plus à respirer – et début d’une solide amitié. Marcel ne voulait pas descendre, mais pouvait encore moins contrarier la fierté d’ouvrier de son père. Alors, il y va. Bien décidé à quitter sa région, cet enfer industriel pour Paris, il s’en ouvre à Suzanne, sa petite amie. Mais Jacek l’a devancé: lui est parti. A quoi tient une amitié ? Est-ce cela une trahison ? Bientôt un autre drame frappe Marcel: un coup de grisou dans le puits n°3 et son père avec 13 autres personnes périssent. N’ayant aucune envie d’aller vivre chez son frère ou chez sa sœur, Marcel propose de « monter à Paris » à Suzanne. Mais c’est seul qu’il s’y rendra. Il découvrira les travaux de force sur les quais ou chez les chevillards, pour un salaire de misère et effectués dans des conditions « dignes d’un forçat ». Il va se débrouiller seul face aux coups tordus des traîne-misère qui veulent profiter d’une proie « facile ». Ses déboires le conduiront sur la route de Jacek qui fréquentent de petits malfrats mais aussi des anarchistes qui s’organisent … Heureux de vouloir lui aussi changer le monde, de rendre gorge aux exploiteurs il fera un bout de chemin avec eux jusqu’à une nouvelle trahison et à l’ordre de mobilisation générale en 1914.

Tout en crayonné noir, Marcelo Lelis rend compte d’une réalité  très dure pour la classe ouvrière, début XXième. Il sait jouer sur les clairs obscurs pour accentuer ou non la noirceur de la situation, des décors ou l’expression des visages des principaux personnages.  Un graphisme original aujourd’hui qui sert le scénario précis et percutant. A découvrir ! (Armelle Hervé)

De prime abord un peu austère du fait de son sujet et de son graphisme, on se prend rapidement d’intérêt pour le parcours à la fois politique et personnel de Marcel, son cheminement de la mine aux docks parisiens, de ses rencontres. Finalement le graphisme est en adéquation avec le sujet et appuie le sens du  récit. A destiner aux adultes ou aux lycéens, cette BD pourra convenir aux sélections de lecture liées à la lutte des classse ou au travail des ouvriers. (Céline)

 

AH