La maison des reflets de Camille Brissot

Syros (Grand format), 2017

Daniel Edelweiss, 15 ans, est né et vit dans la maison familiale avec son père et une vieille préceptrice – Mme Elia – qui est aussi sa confidente. On pourrait croire qu’ils vivent là, tous les trois, coupés du monde: aucun d’eux ne sort vraiment de la maison des reflets. Si Daniel maîtrise de nombreux savoirs théoriques, il ignore tout de la vraie vie. Il aide son père à améliorer un système mis au point par son grand-père en 2022, qui permet de « ressusciter » en quatre dimensions, des êtres chers pour lesquels les familles n’arrivent pas à faire le deuil.

En activant des lentilles, chacun retrouve « visiblement » ses proches avec leurs traits de caractère, leur physique, capables de se mouvoir et de converser. Ainsi Daniel retrouve sa mère et son grand-père, mais il s’est fait également de nouveaux amis: Enzo (8 ans), Cali et Lucille (20 ans) bloqués à l’âge de leur décès.

Daniel aspire confusément à autre chose. Poussé par Mme Elia, il se décide à découvrir le monde extérieur sans avertir qui que ce soit. L’occasion de trouver l’inspiration pour la réalisation de nouveaux décors pour les lieux de rencontres des familles avec leurs morts, dans la maison des reflets. Ses pas le conduisent vers une fête foraine où il rencontre des sœurs jumelles, Violette et Esther. Leurs parents animent le Palais des glaces. Découverte des lieux et sentiments nouveaux pour Daniel ! Esther, de santé fragile, le subjugue par son énergie, sa gaieté … Mais la fête foraine va poursuivre sa route pendant que Daniel travaille son nouveau décor. Ce manque réciproque va se combler pour partie avec une correspondance assidue entre les deux adolescents: Daniel lui écrivant dans les villes d’étape de la fête et lui fixant rdv, chez lui, dans un an. Mais, brutalement, Esther n’écrit plus. Daniel l’a-t-il vexée ? Il n’est pas très à l’aise dans ses relations avec autrui. Heureusement, les lettres d’Esther reprennent… jusqu’au revirement de situation !

Le prologue nous présente les sœurs, leur histoire familiale et cette fameuse malédiction … Puis c’est au tour de la famille de Daniel et l’interactivité de cette fameuse utilisation d’hologrammes et le questionnement autour du deuil: faut-il garder le souvenir ou « revivre » aux côtés de ces illusions pour une période donnée ou ad vitam aeternam ? Petit à petit, de façon plus ou moins brutale, Daniel enrichira sa réflexion. C’est cette interpellation qui est élégamment amenée par Camille Brissot. Le sujet du deuil, de la vie après la mort (même virtuelle) peut apparaître assez classique et la fin est un peu attendue mais tout est dans l’écriture … (Armelle Hervé)

Grâce aux hologrammes, créer des illusions pour permettre de revoir et de prolonger le départ final d’un être décédé permet, dans certains cas, d’accepter ce deuil plus facilement, mais prolonge une tristesse qui a du mal à s’estomper.

Le début a été difficile. Malgré les chapitres courts et l’absence de difficulté particulière pour la lecture, j’ai eu du mal à entrer dans cette étrange histoire. Daniel, le personnage principal, nous pousse à réfléchir sur la mort et l’après-mort.  Il vit avec des amis qui ne changent pas d’âge, ils resteront toujours à l’âge de leur mort et ils sont surtout « virtuels ». J’ai été gênée par les relations sereines, amicales voire aimantes avec ces « illusions ». Alors que la vérité concernant son amoureuse lui éclate en pleine face et l’amène à se poser des questions, ces questions universelles.  Est-ce une relation sereine pour cet adolescent  de se renfermer sur lui-même?  De rester cloîtré dans cette maison ? Est-ce une bonne solution de revoir l’être disparu , enfin virtuellement? Qu’en pensez-vous ? (Jocelyne Feuvre)

 

 

 

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