L’empire des Auras de Nadia Coste

Seuil, 2016

Depuis 2025, chacun nait avec une aura d’un blanc cotonneux autour de sa petite personne. Découverte faite par le plus grand des hasards ! Ce blanc évolue vers le bleu, la norme. Mais pour une ou des raisons inconnues, elle peut virer au rouge: cette minorité qualifiée de dangereuse est mise sur le ban de cette société qui organise un véritable apartheid. La couleur de l’aura est uniquement détectable grâce à une application « aura » sur votre smartphone ou grâce aux détecteurs qui vous autorisent ou non l’accès aux lieux publics. Aujourd’hui en 2059, personne n’a trouvé ce qui provoquait cette bascule irrémédiable !

Chloé va rentrer au lycée. Mais panique à bord ! Une situation financière familiale difficile fait qu’elle ira dans un lycée mixte où les bleus – comme elle – sont au contact des rouges. Sa mère est au bord de l’implosion: véritable militante intégriste anti-rouge, elle scanne sa fille tous les matins avant de lui dire bonjour et là, multiplie les mises en garde. Pourtant, dans cet établissement, Chloé va découvrir, à sa grande surprise, la tolérance. Elle va se lier d’amitié avec des filles et des garçons des deux auras et sera même séduite par Ben. Au lendemain de ce flirt nocturne, à l’insu de ses parents, son aura se teinte légèrement de « violet » ! Violence de ses parents. RDV avec LE docteur Peysson qui mène des recherches non pas pour trouver les raisons de la bascule mais pour mettre au point une pilule préventive – beaucoup plus rentable. Il a besoin de cobayes mais Chloé ne fait pas l’affaire. Elle obtient juste une lettre lui permettant de fréquenter les lieux réservés aux bleus. Mais cela ne dure qu’un temps! Un évènement poussera la société à se positionner d’un côté ou de l’autre. Contre toute attente, Chloé choisira le camp de la solidarité, tout comme Ben. Mais c’est auprès de Florent qu’elle trouvera amour, réconfort et grande aide pour retrouver leur ami commun, Ben, qui a mystérieusement disparu…

C’est un roman d’anticipation rondement mené: suspense, amour, tolérance, violence, solidarité, enquête, imbroglio scientifico – financier … Des personnages d’adolescents qui ne s’en laissent pas conter malgré un contexte qui les pousserait à accepter cet apartheid et une ouverture d’esprit qui fait plaisir à voir.  Les rebondissements sont nombreux dans une situation assez noire. Mais avec juste ce qu’il faut comme éveil des sens pour pouvoir respirer et   »basculer » vers des préoccupations plus légères … mais essentielles ! Une plume que l’on retrouve avec jubilation pour cette auteure qui a été élue cette année par des classes de 5ième de Saint-Quentin-en-Yvelines, dans le cadre de « Lire et Choisir » pour son roman « Ascenseur pour le futur ». (Armelle Hervé)

Dans la société futuriste imaginée par Nadia Coste, chaque habitant est entouré d’une aura soit bleue, soit rouge. Il leur est impossible d’emprunter les mêmes transports en commun, les mêmes entrées dans les bâtiments publics. Chloé voit son aura basculer passant d’un beau bleu au rouge. Pourtant elle ne sent aucun changement chez elle. Comment expliquer cela ?

Nadia Coste a poussé l’idée d’une société manichéenne à l’extrême basée sur une idée simpliste où le mal s’oppose au bien. Les auras bleus ont tous les privilèges et sont élevées dans la méfiance des rouges. Les prisons sont remplies d’auras rouges !  Ce roman s’adresse aux adolescents. Mais il faut se garder de le trouver trop superficiel en se basant sur les thèmes propres à l’adolescence tels que l’amitié, les premiers amours ou encore l’acceptation de l’autre. Le lecteur peut se laisser prendre par cette écriture profonde qui nous plonge dans plusieurs périodes sombres de notre histoire : la discrimination dont la population noire a été victime aux Etats-Unis dans les années 50, ou même de l’Apartheid en Afrique du Sud… Dans l’œuvre de Nadia Coste, la discrimination n’est ni raciale ni géographique et même si elle nous transporte en 2059 ce n’est pas un roman qui se veut visionnaire. Ce roman nous montre ce que peut être notre société actuelle si les récriminations se concentraient sur un élément unique. Le lecteur ne s’ennuie pas et cerise sur le gâteau c’est une histoire qui se déroule sous nos yeux en un seul tome. (Carine)

 

 

 

AH