Les effets du hasard de Marie Leymarie

Syros, 2016

  Maïa, lycéenne de 15 ans, est la fille unique de ceux qui, après des tests de compatibilité, sont devenus ses parents. Ils l’ont choisie sur catalogue selon des critères physiques bien précis et leurs possibilités financières. Elle a donc les yeux noisette, les cheveux châtains, un nez retroussé et un QI de 117. Juste ce qu’il faut de beauté et d’ »intelligence » pour être dans la moyenne des normes de cette société futuriste qui ne laisse place ni au hasard, ni aux sentiments, ni à la procréation naturelle pour éviter tout désagrément, toute déception …  Maïa se comporte donc comme il faut: tout est lisse dans son quotidien, aucun questionnement déplacé, aucune rébellion jusqu’à ce que surviennent deux évènements: sa rencontre avec Anthony et la commande d’un deuxième enfant par ses parents.Anthony, un garçon aux yeux verts, l’aborde et lui propose d’aller boire un verre. Cela ne procure aucune émotion particulière à Maïa. Il lui semble plus intelligent qu’elle, aussi se demande-t-elle pourquoi cela tombe sur elle? Pourquoi ces questions? Pourquoi réfléchit-elle à ce qu’il lui dit? Jamais cela ne s’est produit. Bien sûr, elle pense à ses professeurs chargés de signaler tout changement de comportement – même minime – au psychologue. Lui-même doit recadrer les déviants et faire un signalement à l’administration, aux parents: « tomber amoureux » est une maladie bénigne de l’adolescence qui se soigne très bien « grâce » à quelques comprimés de Deluvio 300 !! Au fil des rendez-vous, Maïa ressent des choses qu’elle ne s’explique pas, le manque lorsqu’Anthony n’est plus là. Dans cette société, il y a des donneurs et une infime minorité faisant des bébés « à l’ancienne » et Anthony est de ceux-là. De leurs discussions, des rencontres avec Melody et sa mère « donneuse », Maïa n’a plus qu’une obsession – en plus d’Anthony – retrouver ses parents biologiques. Lily, sa meilleure amie ne la comprend plus mais lui fait confiance malgré les pressions diverses et va l’aider dans sa quête. 
La commande d’un petit frère au QI supérieur au sien plonge également Maïa dans un profond désarroi. Ainsi, elle a déçu ses parents.

Ce roman pose les limites éthiques de la procréation médicalement assistée, de la recherche de l’enfant « parfait », de l’eugénisme. Un livre qui ouvre le débat sur une société où tout serait calibré, ne laissant aucune marge de manœuvre – même minime – pour décider de sa vie et se construire, s’épanouir. Un bon roman de lecture facile tout en étant interrogatif. (Armelle Hervé)  

 Dans le monde de Maïa, la réussite scolaire est déterminée par le QI et les évaluations servent à le vérifier. Les élèves semblent s’en accommoder…C’est un monde déshumanisé où les sentiments sont bannis. Le couple est une entreprise qui commande des enfants en fonction de ses moyens et exige la prestation promise. Mais c’est également un roman sur les premiers émois amoureux. (Annie)

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AH