Tout foutre en l’air d’Antoine Dole

Actes sud junior (D'une seule voix), 2015

«  Machinalement, je le répète une nouvelle fois dans ma tête: Ce / Soir/ On / Va / Le / Faire. « 

C’est là que réside toute l’ambiguïté de ce qui trotte dans la tête de notre narratrice. Impossible de savoir ce qui  est en gestation, mais une chose est sûre: elle est décidée à aller jusqu’au bout, avec Olivier, plus âgé qu’elle et « rencontré » sur internet. Finie la solitude et l’incompréhension! Elle  »chat » désormais toutes ses nuits puisqu’il est LE SEUL à la comprendre. Ils se comprennent tellement bien qu’ils partiront une nuit, tous les deux, au grand dam des parents de notre mineure, malgré leurs mises en gardes répétées, la confiscation de son ordinateur … Rien n’y fait. Crise d’ado ? Mal plus profond ? Quelques années plus tard nous retrouvons notre narratrice – devenue mère à son tour – se pencher sur cette expérience passée douloureuse, mais ne regrettant pas son choix d’alors.

La détermination mais aussi la sensualité à fleur de peau évoquées en début de récit laissent le doute s’installer lors de cette fameuse nuit et met à nu le vrai dessein de son « amoureux ».  Un texte porté comme un cri. Avec sa fragilité, on se dit que « plus dure sera la chute », mais brutalement revenue à la réalité, elle donne un véritable coup de talon qui la ramène à la surface, suffocante mais en vie. (Armelle Hervé)

Roman très court sur le mal-être adolescent de cette jeune fille mal dans sa peau qui tombe vite sous l’emprise d’un homme rencontré sur Internet. Une emprise si forte qui la conduit au bord du vide, prête à sauter. Mais elle se rend vite compte que si elle ne veut plus vivre sous le joug de ses parents (comme tout adolescent…), elle ne veut pas non plus vivre sous l’emprise de cet homme… Une prise de conscience qui rappelle que « ces zones de vide » sont éphémères.

Un roman qui se lit en 30 minutes chrono, le temps que se déroule la scène. Le temps que la narratrice prenne conscience du geste qu’elle se prépare à exécuter. Comme elle, on est pris par la course, excité par le « Ce soir on va le faire », essoufflé, hors d’haleine… Et comme elle, on termine haletant, un peu étourdi, mais vivant… 

Les quelques dernières pages nous envoyant plusieurs années plus tard, quand la narratrice est devenue maman, nous rappelle à quel point l’adolescence est une période courte (mais loin d’être des moindres) dans une vie et que les zones d’ombres qui peuvent la ponctuer peuvent être succinctes. (Amandine)

AH