Chants de l’autre rive, de Moëz Majed

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Chants de l'autre rive, de Moëz MajedLe titre le dit : ce poème s’adresse aux lecteurs de ce côté-ci de la Méditerranée pour leur rappeler ou les instruire de ce que fut la Tunisie, qui porta un nom qui fit trembler l’empire romain : Carthage. Je dis bien « ce poème » car plus que d’une suite de dix textes, il s’agit bien d’un seul long poème en dix parties que l’on pourrait assimiler à une épopée en vers modernes. Moëz Majed est un poète lyrique qui livre dans ce bel objet une histoire de son pays, la Tunisie, en en rappelant les douleurs les plus inscrites dans la mémoire, en commençant par Didon, la reine fondatrice de Carthage :

Ô Didon ! Ma mère, ma sœur, mon enfant !

Tu pleurais, j’imagine, de nous voir périr.

Le poète évoque aussi la défaite de Zama qui vit le début de l’effondrement de Carthage

Et n’a-t-on vu dans les rangs de la colère

La sève silencieuse de nos suppliciés

Puis

(…) nous avons connu les sabots des croisés dans les cours des mosquées (..)

Plus tard :

Oui, nous avons connu des rois cannibales,

Et dans les plaines arides vouées à la clameur, nous

                avons vu se confondre le trépas et le chant.

Puis

(…) vinrent les âges les plus rudes, les heures les plus

             sombres et les barbares en nombre.

Vinrent des pluies vastes et grisonnantes qui n’abreuvent

             point de terres ni ne lavent de souillures, (…)

On ne peut pas ne pas penser à l’histoire la plus récente de la Tunisie et les derniers vers de Majed l’appelle, chargés d’espoir pour un monde meilleur, grâce à

(…) l’enfant à naître dans nos langes…

porteur de la parole de liberté :

Dis-leur qu’avant eux bien des empires crurent en l’éternité…

Bien des empires finirent engloutis dans de grandes délivrances.

Le poète fait ainsi défiler toute l’histoire de son pays, de son peuple, de son sang. Alternent temps de guerres et de révoltes, de quiétude rare aussi, celle qu’il définit comme le temps des solitudes

conquises de haute lutte dans la verdure inattendue d’un pays de soif

quand

dans le bassin de marbre blanc, l’eau retrouve son calme

et plus rien n’effraie les créatures du fond.

Il en appelle à la fin de ces empires de douleur, tels la dictature que le peuple tunisien sut abattre récemment. Le poète narre surtout la résistance d’un « peuple de rois » qui sut toujours (et encore aujourd’hui) dire non à la barbarie car

de grandes renaissances couvaient déjà sous nos morts.

Les calligraphies de Nja Mahdaoui, pleine page ou s’immisçant dans les interstices que leur laisse le poème (ainsi que Ladislas Kijno définissait sa propre intervention dans les livres d’artiste) ajoutent à ces entrelacs de pensées qui mènent, espérons-le, à plus d’apaisement.

Calligraphies de Nja Mahdaoui, Éditions Fata Morgana, décembre 2013, 48 pages, 14×22, 11 €, www.fatamorgana.fr

Par Jacques Fournier

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