Collection Petit Va !

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Petit Va ! est une nouvelle collection qui vient de voir le jour à Tinqueux à l’occasion de la 1e édition du Salon de Poésie Jeunesse, associé à la 3e édition du festival Culture en fête, organisé par le Centre de Créations (le pluriel à sa raison d’être) pour l’Enfance, dirigé par Mateja Bizjak-Petit.
Elle complète la revue annuelle Va ! qui associe typographie et création.
La collection a été confiée au poète Pierre Soletti qui l’a voulue sobre (encre noire sur papier blanc), simple (petit format de poche), accessible à tous (7 € le titre), prouvant, puisqu’il est parfois nécessaire de le faire encore, que la poésie dite pour la jeunesse ne rime pas avec gnangnanteries, rimailleries et autres vocables en -ries. Les trois premiers textes ont été choisis pour leur accessibilité à tous, et non parce qu’ils ont été écrits pour des enfants.
Le choix s’est porté aussi sur une mise en page et mise en forme différentes pour chacun de ces 3 ouvrages, dans le même petit format : un carnet à spirale, un repoletto (des feuilles en accordéon), des feuillets volants. Il faut saluer ici l’artiste Dominik Boisjeol qui a assuré la « mise en vie » de ces livres.
Trois titres sont donc nés de la première cuvée. Ils ont été confiés à trois des poètes invités du salon. Ils permettent à chacun de proposer un texte original qui porte leur empreinte tout en étant complètement accessible aux jeunes, voire aux très jeunes. Bref, une poésie pour tous qui n’infantilise pas.

Ce petit nuage a l’air bête de Julien Blaine est court texte répétitif qui se double, sur chaque page de droite, d’un procédé de zoom avant sur un nuage somme toute banal (images que l’on peut faire défiler comme un court flipbook) dans lequel il nous propose de voir son bestiaire personnel (âne, éléphant, poulpe,…). Que l’on voit ou non ces animaux dans ces images rondes de plus en plus cernées de noir jusqu’au noir complet n’est pas l’essentiel. L’important est dans le geste généreux du poète qui invite à ce regard et à cet imaginaire. On est là dans le total contrepied de l’album La tête dans les nuages de François David que nous avions défendu en son temps et qui ne faisait qu’illustrer par le texte ce que les photographies de nuages retravaillées à l’ordinateur nous proposait de voir : un lapin, un ours, etc. Bref, un texte décalque de l’image. Inutile redondance qui nie l’imaginaire.

La northographe me rend malade de Edith AzamAvec la northographe me rend malade, Édith Azam nous propose du Édith Azam pur jus.

Faut pas que je m’affole on sait très bien que je fais très mal l’ortho… l’orthogrgr, lorthogragraphe.

Le ton est donné pour ce très court texte présenté en repoletto. Une nouvelle fois, la poète dit un mal être donc un mal faire. Elle dit aussi son désir de bien faire, son besoin de don aux autres :

Alors faut (…) que je prenne beaucoup soin avec beaucoup d’amour de mon mortogravées pour leur dire aux gens : Des poèmes.

Rien de moralisateur là-dedans mais l’expression d’une personnalité atypique.
Les options typographiques (des mots mis en grand et gras, et un BON. de saine résolution seul sur une page) ajoutent à l’envie de lire ce texte à haute voix, Il ne s’agira pas de chercher à imiter le phrasé original d’Édith Azam qui donne corps à ses textes par une voix au rythme sans pareil, mais de le faire vivre pour son propre plaisir.

Je travaille pas de Pierre SolettiEnfin avec les poèmes et aphorismes volants de Je travaille pas, Pierre Soletti, égal à lui-même, affiche sa pertinence et sa différence dans un monde de vitesse et de profit qui semble aller à sa perte.

Travailler
Ça se faufile dans les horloges
Pour faire tourner les aiguilles
En dépit du bons sens parfois

Une poésie de bon sens qui sait jouer sur les mots (Travailler / ça fait suer) pour mieux les détourner. Une manière d’être plus dirigée contre le mot « travail » (le tripalium était dans l’Antiquité un instrument de contrainte, puis de torture) que contre le travail lui-même, Pierre Soletti n’étant pas le dernier aux fourneaux pour rendre la poésie accessible et intelligible au plus grand nombre. Les options de cette collection, à laquelle nous souhaitons belle et longue vie, en sont la preuve.

 

Collection Petit Va !
Ce petit nuage a l’air bête, Texte et photographie de Julien Blaine
La northographe me rend malade, texte d’Édith Azam
Je travaille pas, textes de Pierre Soletti

Centre de créations pour l’Enfance, 8 rue Kleber, 51430 Tinqueux, www.danslalune.org, 03.26.08.13.26

Par Jacques Fournier

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