Comme un terrier dans L’Igloo dans la dune ! n°95

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Avouons-le : la note que Guy Ferdinande, rédacteur en chef de L’Igloo, consacre à Ici & Là dans ce numéro m’incite à rédiger cette note sur le dernier numéro de sa revue. Et à ne pas attendre le prochain numéro d’Ici & Là (mars 2010) pour la publier (merci, internet). Il nous rappelle, fort justement, que (leur) Igloo continue à ne pas figurer dans (notre) revue de revues, trouvant en cela la conséquence du fait que nous évoluions dans des mondes différents, et, pense-t-il, imperméables, nous dans la catégorie revue culturelle émanant d’une structure municipale (je cite G.F. : ça en a le fumet, ça se sent), lui avec une revue non subventionnée appliquant une politique éditoriale culturelle où les noms d’auteurs font du trampoline.

Mon cher Guy, si cette imperméabilité était réelle, nous n’aurions pas, en nos dix précédents numéros, consacré de notes à Comme en poésie, Pages insulaires, 22 Montée des poètes, Contre-allées, Nouveaux délits,… pour ne citer que celles-là de ces revues qui ont, nous le leur reconnaissons sinon nous n’en parlerions pas, une véritable politique éditoriale culturelle à l’instar de l’Igloo et sont souvent le fait d’auteurs qui croient dur comme fer (j’allais écrire faire) qu’une revue est une création au même titre qu’un recueil.
Si L’Igloo n’a jamais été cité, c’est par pure négligence de ma part de ne pas laisser les numéros reçus visibles sur le tas de ce qui est à chroniquer et de les laisser filer dans les rayons du Centre de ressources de la Maison de la Poésie trop rapidement, non sans au préalable les avoir parcourus, quand ce n’est lus.
Je répare l’oubli de ce pas.

Ce numéro thématique consacré à la fin n’est pas né de rien, mais d’une réaction vive à l’intervention (c’est une litote) récente (décembre 2008) d’Israël dans la bande de Gaza et G.F. le dédie au peuple palestinien qui, au contraire de la solution finale à quoi furent destinés ceux dont la descendance est devenue leur persécutrice, éprouvent un autre type de fin en forme de point d’orgue.

Cela est dit. Cela se montre : les soixante pages de textes des vingt-deux auteurs sont toutes accompagnées, en bas de page, d’un défilé d’images montrant cette guerre qui n’a pas dit son nom qui, inévitablement, induisent dans ce sens la lecture des textes, même si ceux-ci ne font pas (sauf, je pense, celui de Dan Ferdinande) directement référence à ce drame. Ainsi, Malika Smati-Haddad nous dit que la coda (la fin) d’une œuvre ne peut prétendre à son autonomie totale, que c’est en quelque sorte un style dans le style. Et apparaît l’ironie possible de tels propos, placés au-dessus d’images du bombardement de Gaza. Ainsi le texte (le titre suffit au rapprochement) Fin de chantier de Stéphane Prat, au-dessus d’images d’appartements dévastés. Hasard ? ou bien filou, le rédac. chef ?
Par contre les sept collages pleine page et la double page de la série Pichon vole, dus au maître des lieux, n’apportent rien à ce dossier, qu’une respiration, toute relative, soyons juste, puisque certains (trop peu ?) semblent en adéquation avec le thème ou tout au moins le prétexte du thème.
Plus du tiers de ce dossier est occupé par le long texte de Philippe Lemaire qui, partant du journal manuscrit de son père, témoin de nombreuses fins, dont celle du Havre bombardé en 1944, évoque en vrac la fin du France, celle de Dresde, celle de son père… ces allers et retours disent, avec une grande simplicité de formulation et de vocabulaire, l’inéluctable.
D’autres textes pourront retenir l’attention du lecteur, selon ce qu’il en attend, ou recherche : au hasard, l’humour presque potache de Jean Parsy ; les aphorismes (Mes chaussures sont des scarabées morts, il faut que je leur crache dessus pour les faire avancer) de Julien Ferdinande (L’Igloo est une entreprise familiale) ; le lyrisme de Bruno Sourdin (auquel, sur une thématique proche, on préfèrera le magnifique Je voudrais pas crever de Boris Vian) ; le nouveau vieux français (difficilement lisible) de François Giraudet,… L’ensemble est, naturellement, désespéré, mais Tout est normal, vous dis-je (Lafcadio Martimer).
Hors dossier, quinze textes de David Van Robays, sous le titre plus drôle que les textes eux-mêmes auxquels on pourra trouver quelque amusement : L’arrière-train du popotin du babouin est un don du ciel.
La revue se clôt par la dense Bouquinerie moderne, rassemblant notes de lecture et revue de revues, incisives et fouillées, et pages de bandes dessinées toujours dues à G.F., prolixe, attentif, généreux, râleur, polémiste à ses heures, et finalement humain comme on les aime.

Périodicité non mentionnée, Le n° 10 €, chez Dan & Guy Ferdinande, 67 rue de l’église 59840 Lompret, guy.ferdinande@neuf.fr

Par Jacques Fournier

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