Passe-passe

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S’il existe une édition de poésie dite pour la jeunesse, dont Ici & Là rend compte régulièrement par ses notes, le créneau de la revue de poésie pour la jeunesse est quant à lui bien désertifié, contrairement à celui de la revue de poésie en général.

Depuis la disparition de décol’ (1993-2006) après 42 numéros, première revue (une affiche A3 et un carnet de notes A6) spécialisée dans la poésie dite pour la jeunesse, seule Dans la lune (voir ci-après et dont nous avons ici même chroniqué quelques numéros en en disant tout le bien que nous en pensions tant cette revue sait refuser le jeu de l’enfance bêtifiante au profit de l’intelligence, de la diversité, de la surprise) occupe le terrain (et pour combien de temps encore ? Le Centre de créations pour l’enfance de Tinqueux, dont elle dépend, doit être « restructuré » dans les mois qui viennent et il ne faut pas souhaiter que Dans la lune parte dans la charrette).
La revue La Passe (déjà chroniquée aussi ici) a sorti au début de l’année 2010 un hors-série jeunesse dont on ne peut que désirer qu’il ne soit pas le dernier et même qu’il soit le premier d’une longue série appelée à devenir une revue à part entière.

Dirigé par Tristan Félix, artiste protéiforme, et Philippe Blondeau, ce numéro répond au cahier des charges de la revue : une revue des langues poétiques.

Après un éditorial qui invite à monter sur le manège mais à une seule condition : qui tu ne brûles jamais la verrue de ton rêve, que toujours sous ton doigt tu la sentes aussi douce et rugueuse que la présence du crapaud sous les pierres, on lira entre autres choses et avec plaisir les courts poèmes de Jean-Claude Touzeil accompagnés des dessins (en couleurs) de Matt Mahlen, son complice de Vert Tzigane (éd. Gros textes) ; les courtes aventures tout en rêve d’Ovaine, personnage récurrent de Tristan Félix ; cinq poèmes sensibles de Brigitte Richter (dont l’œuvre vient d’être rééditée aux éditions Donner à Voir) ; deux comptines de la pomme de terre dues à Jean Foucault, le (long et ondulant) hommage au ver de terre de Jacqueline Persini-Panorias, etc. Dans l’esprit de La Passe, qui propose des « traductions » d’une « langue » à l’autre, Henri Chevignard propose un poème « pour madame et monsieur » suivi de sa traduction pour les enfants ; on découvrira trois pages de poèmes-dessins d’enfants rendent hommage au spacialiste Pierre Garnier ; la mise en images par Hervé Borrel des aventures d’Ovaine citée ci-dessus ; la « traduction » d’un conte-poème en forme de dialogue de sourds du polonais Stanislaw Wygodzki ; un poème à trous d’Apis Saada ; l’interprétation d’un poème bambara, etc. Et partout des dessins, des photographies. Un numéro plein comme un œuf d’autruche. Ou de crapaud.

Hors-série jeunesse de la revue La Passe, 58 pages, 6 €, chez Philippe Blondeau 3 rue des moulins 80250 Remiencourt

Par Jacques Fournier

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