Rivage veuf, de Billy Dranty

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Cette suite de textes, reprenant pour titre d’ensemble celui du dernier opus, saisit dès l’ouverture par la cinglance de vers courts aux césures parfois tranchant un mot en deux pour en démultiplier le sens. Le tableau apparaît impitoyable, dénué de toute concession au « poétiquement correct » : « une ruine de vers grouillants explosant dans l’agglomérat de la glotte. » Billy Dranty poursuit une implacable traversée du vide. Veuf de l’autre, « en connivence avec personne », absent de son propre corps avec pour seul but « la survie de la vie ». Exit « la bouillasse des boniments » : « rien ne tient debout que la forme d’un trou dans l’informe », « l’homme est condamné à la bassine de pus sentimentaliste. » Alternant vers et blocs de prose Rivage veuf déroule un descriptif froid, éclipsant le plus souvent tout verbe, comme pour effacer l’action qu’il commanderait. Vanité du je, du corps, du sexe, le nihilisme radical à l’œuvre ici pourrait, par sa noirceur et par l’impasse absolue qu’il révèle, mener à une désespérance définitive et contagieuse si Billy Dranty n’avait su sauver « la peau des mots. » C’est dire que Rivage veuf fourmille de sonorités allègres, de trouvailles stylistiques, de jeux de mots, de néologismes, d’énergie créative : « que petit tas mort aille au foutre survivre ! » (…) « se judéo crétiner plus bas », (…) « N’y a n’y aura n’y a eu », (…) « Bas-le-cœur de déglutir ce sale ça débiteur », (…) « l’assez vu qu’à danser », (…) « vider l’absens », (…) « le ratatine-théorème de Pythie-gore. » La langue à la rescousse du néant ?

Fissile éditions, 112 pages, 15€, 21 Grand’rue – 09310 Les Cabannes (France)
www.fissile-editions.net ; fissile@hotmail.fr

Par Alain Helissen

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