Tombeau des belles disparues, de Jean-François Sené

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Tombeau des belles disparues, de Jean-François Sené

 

Prof d’anglais et traducteur, Jean-François Sené est aussi nouvelliste ‒ et surtout poète. Son « Tombeau des belles disparues » ‒ que je ne découvre que maintenant, à l’occasion de la parution d’un nouveau recueil : « Portrait du poète en miroir brisé »‒ est une façon de répondre à l’affirmation terrible de Théodor W. Adorno : « Après Auschwitz, écrire de la poésie et barbare ».

 

Jean-François Sené nous donne à lire des « portraits-poèmes » de femmes dont la kyrielle des noms en dit déjà long : Elisa,Nablie, Julia, Marianne, Rahab,Soab, Sarah, Esther, Myriam, Ariane, Judith (…) et, pour finir : Milena ‒ dont le poème mérite d’être cité in extenso :

La mort
vient masquée

Seigneur
pourquoi
Ta face reste-t-elle cachée
parle
et on comprendra

peut-être

Cet exemple à lui seul récapitule l’atmosphère oppressante et légère à la fois, nuit et brouillard en même temps que lumière joyeuse du souvenir ‒ parce que, proclame l’auteur :

Je suis las de la fascination morbide pour les bourreaux comme si les ténèbres avaient plus de prix que la lumière (…) la fausse énigme de l’âme criminelle plus d’intérêt que la puissance et la rectitude de l’esprit de justice et que la foi en ce qui fait l’homme, c’est-à-dire la compassion et l’amour infinis.

Tout est dit. Mais il reste l’essentiel : lire et relire ces « portraits-poèmes » que précède, de temps à autre, une citation de la Torah. Oui, « les hommes de mots sont des guetteurs au bord du tombeau ». Jean-François Sené a un sens élevé de la poésie ‒ et du poète. C’est aujourd’hui assez rare pour être salué.

Éditions Éclats d’encre, 2009, 56 pages, 12 x 18.5, ISBN : 978-2-914258-59-3, livre imprimé : 12.00 €, livre numérique : 6.99 €, http://www.eclatsdencre.com

Par Roland Nadaus

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