Triptyque de l’aube, d’Irène Duboeuf

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Triptyque de l'aube, d'Irène DuboeufCes poèmes d’Irène Dubœuf, dont Incertain Regard avait édité des extraits, viennent de paraître chez Voix d’encre. Ils sont accompagnés par des gravures de Michel Verdet. Dans leurs couleurs bleu turquoise elles dévoilent des matières gazeuses ou liquides, aériennes ou terrestres et renvoient l’imaginaire à l’étendue des océans, des cieux ou des roches. Eaux salines poussées par des tempêtes, ciels traversés de nuages, matières rocheuses ou de terre emportant dans leurs imprévisibles apparences l’attention du lecteur.

Reste une marque bleue au détour d’une page.

Car le bleu est présent dans le livre comme un azur où inscrire les pas.
Ce triptyque révèle une quête à mesure que l’on progresse dans ses pages. De soi-même ou du monde, elle progresse dans un va-et-vient de soi à la beauté des jardins et des choses, du ciel et de la terre. La parole creuse ici la part enfouie en soi,

décryptant le ciel noir
de l’essentiel cherchant trace
dans l’ardente lueur de nos constellations.

pour ne pas être déraciné de la réalité terrestre et d’une promesse originelle :

Déracinés sont ceux
qui ont perdu la mémoire de la terre.

L’écriture progresse ainsi traversant les ensembles du triptyque de son allant métaphorique. Elle partage dans la prosodie de vers épousant la sensibilité du poète, les sentiments, funestes parfois qui l’habitent.
Comme au cœur de l’ouvrage, ce sensible poème dont je pourrais penser qu’il a initié le livre :

l’aube était déjà rouge et saignait sur les toits
L’été finissait
dans l’oblique lueur
il est tombé
sans bruit
comme un rayon de lune étranger à la nuit.

La mort et son implacable venue, le temps qui nous y pousse, le défilement des saisons… Le livre m’apparaît soudain comme une allégorie de la vie.

Nous naissons, telle une aube, sous un frisson d’étoile
et mourons dans la main triomphante du jour.

La beauté de la nature, l’expression du désir d’y vivre se détachent dans le livre et s’opposent aux augures sombres, aux menaces, aux funestes temps à venir. Et même si le temps qui passe laisse ses griffures, le livre se termine sur la note optimiste du renouvellement de la vie :

Une branche en fleur
sur un arbre mort
secret de printemps.

Éditions Voix d’Encre, ISBN : 978-2-35128-086-7, 4e trimestre 2013, 72 pages, 18 €, www.voix-dencre.net

Par Hervé Martin

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