Vous êtes mes aïeux, de Cécile Guivarch

VN:F [1.9.14_1148]
Rating: 0.0/5 (0 votes cast)

Vous êtes mes aïeux, de Cécile GuivarchAprès Un petit peu d’herbes et des bruits d’amour paru dernièrement aux éditions de L’arbre à paroles, Cécile Guivarch poursuit la quête de ses origines. Pour cela elle arpente les méandres de ses souvenirs personnels et familiaux, réels ou reconstitués, exhumés sur la foi de photographies, de papiers officiels ou non, lettres conservées, registres d’états civils… Ainsi que tous les lieux qui demeurent, vestiges bien réels, maisons, rues ou territoires traversés par ses ascendants.

à marcher ainsi dans vos pas
rue des olivettes le quai baco
j’ai reconnu les pierres les maisons
les portes par lesquelles vous passiez.

De premiers vers, aériens, illustrent l’investigation dans l’imaginaire poétique:

Le blanc s’étire entre nous
puis l’envol des oiseaux
les yeux se perdent
se poursuivent jusqu’aux origines

Comment ne pas voir ici la page blanche que maculera l’écriture prochaine. C’est par celle-ci, cet envol des oiseaux, que Cécile Guivarch comblera son désir de rejoindre au plus près ses aïeux.

ça revient par odeurs

Ou

vous êtes des morceaux de ciels

Les souvenirs viennent progressivement, se construisent, se détachent… Une quête commence dans cette infinité de ciel aux étendues vierges encore.

Cécile Guivarch rend hommage à ces aïeux qui vécurent dans ce territoire, toujours à l’ouest géographique de l’Europe mais plus au nord, en Bretagne face à la Galice de son autre origine. Elle cite des noms, nombreux, comme en remerciement à sa présence au monde dans cette continuité généalogique.

nous avons en nous tous nos fils
pour nous tenir debout
nous continuons ensemble
à tisser nos mémoires.

Elle investit un territoire de temps, décrit des « petites vies » d’ouvriers gagnants difficilement leur vie. Puis, passée l’évocation des personnes nommées et du cadre décrit, le livre poursuit et pénètre l’émotion qui préside à l’existence du livre.

C’est au manque, initiant ce désir de ressentir au plus proche ses racines fondatrices, que tout au long du livre les poèmes font écho. Pour donner une visibilité à cette genèse enfouie, le poète évoque les difficultés d’existence de ces ascendants côtoyant la misère. Elles imprègnent la mémoire intimement.

si seulement vous saviez
mes nuits agitées de vos pas
ces secondes à recoller

Ce qu’il aura fallu de compassion et d’empathie à Cécile Guivarch pour extraire de sa mémoire – régénératrice – ces pans de vies oubliées, envisagées dans des épisodes terribles ou funestes :

dans vos regards de vous enfants
le poids de vos craintes vos douleurs

et,

d’un coup de pas grand-chose
vous êtes morts d’un fait ou d’un autre
par quelle maladie guerre ou fantaisie

Dans ces conditions laborieuses, vivre aura été ce dur métier qui a conduit par delà le temps, aux présences d’aujourd’hui.

qu’avons-nous fait à vous multiplier

Ou

Nous continuons ensemble
à tisser nos mémoires

Cécile Guivarch montre dans sa quête que les Hommes ne sont pas constitués que de chair mais aussi remplis d’une mémoire qui les élève et rappelle leur responsabilité à poursuivre le chemin dans leur acte de vivre.

vous durez
sous terre ou au ciel
vous vous poursuivez
à travers nous

Éditions Henry, collection La Main aux poètes, ISBN :978-2-36469-052-3, Octobre 2013, 102 pages, 6 €, www.editionshenry.com

Par Hervé Martin

Mots-clés : , ,